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Les harakat : lire et écrire les voyelles arabes

L'arabe écrit ses consonnes et ses voyelles longues, mais ses voyelles brèves sont de simples petits signes posés au-dessus ou au-dessous des lettres : les harakat. Ce guide les présente un par un, explique pourquoi on s'en passe la plupart du temps, et vous fait lire vos premiers mots vocalisés.

Guide Harf · mis à jour le 8 octobre 2026 · lecture : 8 min

Une écriture qui note d'abord les consonnes

Écrivez les trois lettres كتب (k, t, b) sans aucun signe : un arabophone peut y lire kataba « il a écrit », koutoub « des livres » ou koutiba « il a été écrit ». Il choisit sans même y penser, grâce à la phrase, exactement comme vous lisez différemment « fils » dans « les fils du téléphone » et dans « mon fils ».

Les harakat ont été ajoutées après coup, pour fixer la lecture du Coran. La tradition attribue un premier système de points de couleur à Abou al-Aswad ad-Dou'alî, au VIIe siècle, puis les signes actuels au grammairien al-Khalîl ibn Ahmad, au VIIIe siècle. Ces signes sont des lettres en miniature : la fatha vient d'un petit alif, la damma d'un petit wâw, la kasra d'un petit yâ'. L'histoire de l'écriture arabe raconte cette évolution plus en détail.

Le mot حَرَكَات (harakât) signifie « mouvements » : une consonne qui reçoit une voyelle « se met en mouvement ». À l'inverse, le signe qui marque l'absence de voyelle s'appelle سُكُون (soukoûn), « repos ».

Les huit signes, posés sur la lettre ب

Les noms des trois voyelles décrivent la bouche. Fatha veut dire « ouverture » : la bouche s'ouvre sur un a. Kasra, « brisure », est la seule des trois placée sous la lettre, pour un i. Damma, « rapprochement », arrondit les lèvres sur un ou. Selon les lettres voisines et l'accent, la fatha peut sonner plus sombre, ou plus proche de « è ».

Le tableau montre chaque signe sur la lettre ب (b), avec un mot courant où il apparaît.

SigneNomSonExempleLectureSens
بَfatha فَتْحَةbaكَتَبَkatabail a écrit
بِkasra كَسْرَةbiبِنْتbintfille
بُdamma ضَمَّةbouكُتُبkoutoublivres
بْsoukoun سُكُونb (sans voyelle)قَلْبqalbcœur
بّchadda شَدَّةbb (lettre doublée)حُبّhoubbamour
بًtanwîn fathabanشُكْرًاchoukranmerci
بٍtanwîn kasrabinفِي بَيْتٍfî baytindans une maison
بٌtanwîn dammabounكِتَابٌkitâbounun livre

Le soukoun : une consonne au repos

Le petit cercle du soukoun indique qu'une consonne ferme la syllabe. Dans قَلْب, le lâm porte un soukoun : on dit qal-b, pas qala-b. Dans un texte vocalisé, chaque consonne porte ainsi une voyelle ou un soukoun ; seule la dernière lettre d'un mot cité isolément reste souvent nue, comme le ب de قَلْب.

La chadda : une consonne doublée

La chadda (une sorte de petit « w ») signale qu'on prononce la consonne deux fois, en appuyant. Elle change le sens : عَلِمَ ʿalima « il a su », mais عَلَّمَ ʿallama « il a enseigné ». Sauf en fin de mot à la pause, la chadda s'accompagne d'une voyelle : la fatha et la damma se placent au-dessus d'elle, la kasra sous la lettre ou, dans beaucoup d'éditions, juste sous la chadda, comme dans مُحَمَّد (Mouhammad).

Le tanwîn : la voyelle doublée des fins de mots

Le tanwîn (تَنْوِين) est une voyelle écrite deux fois sur la dernière lettre d'un nom ou d'un adjectif. Il ajoute un n qu'on n'écrit pas : -an, -in ou -oun. Il marque surtout l'indéfini : كِتَابٌ kitâboun « un livre » s'oppose à الكِتَابُ al-kitâbou « le livre ».

Voyelles longues, alif maqsoura, alif suscrit, madda et hamza

Les voyelles longues, elles, s'écrivent avec de vraies lettres : une fatha suivie d'un alif donne â, une kasra suivie d'un yâ' donne î, une damma suivie d'un wâw donne oû. La lettre de prolongation ne porte en principe aucun signe. Ces lettres sont aussi des consonnes : وَلَد walad « garçon », يَد yad « main ». Avec un soukoun, elles forment les diphtongues de بَيْت bayt « maison » et يَوْم yawm « jour ».

GraphieNomSonExempleLectureSens
بَاfatha + alifbâكِتَابkitâblivre
بِيkasra + yâ'bîكَبِيرkabîrgrand
بُوdamma + wâwboûنُورnoûrlumière
ىalif maqsouraâ finalعَلَىʿalâsur
بٰalif suscritbâهٰذَاhâdhâceci
آmadda'âآخِرâkhirdernier

Pourquoi on écrit presque toujours sans harakat

Journaux, romans, panneaux, messages : l'immense majorité des textes arabes n'est pas vocalisée. Un lecteur habitué reconnaît les mots par leur racine et leur schéma, et la grammaire lève presque toutes les hésitations. Ajouter chaque signe ralentirait l'écriture sans aider personne.

Les harakat reviennent là où la lecture doit être exacte :

Le cas d'école est علم, trois lettres pour au moins quatre mots :

Dans un texte courant, on vocalise juste ce qui prête à confusion : une kasra sous le ʿayn de عِلم, ou une damma et une kasra dans كُتِب pour signaler le passif koutiba, « il a été écrit ».

Exercices de lecture

Lisez chaque ligne à voix haute, lettre par lettre, avant d'ouvrir la réponse. Si une lettre vous échappe, gardez l'alphabet arabe ouvert à côté.

1. قَلَمٌ

Réponse

qalamoun, « un stylo » : trois fathas, puis un tanwîn damma.

2. مَدْرَسَة

Réponse

madrasa, « école » : le soukoun sur le dâl ferme la première syllabe, mad-ra-sa.

3. بَيْتٌ كَبِيرٌ

Réponse

baytoun kabîroun, « une grande maison » : diphtongue ay, puis î long.

4. شُكْرًا جَزِيلًا

Réponse

choukran jazîlan, « merci beaucoup » : deux tanwîn fatha, chacun suivi de son alif.

5. السَّلَامُ عَلَيْكُمْ

Réponse

as-salâmou ʿalaykoum : le lâm de l'article ne se prononce pas devant le sîn, doublé par la chadda. C'est la règle des lettres solaires.

6. Sans voyelles, comment lire علم dans ces deux phrases ? a) رفع الطالب العلم (« l'élève a levé… ») ; b) طلب العلم (« la quête du… »).

Réponse

a) العَلَم al-ʿalam, le drapeau ; b) العِلْم al-ʿilm, le savoir. C'est le contexte qui décide, comme pour un lecteur arabophone.

Taper les harakat au clavier

Pour l'ordinateur, une haraka est un caractère à part entière, qu'on tape après la lettre qui la porte. Pour une lettre doublée, tapez la chadda, puis la voyelle.

Un mot vocalisé n'est pas identique, pour l'ordinateur, au même mot sans signes : une recherche de كتب peut ne pas trouver كَتَبَ. Pour un texte destiné à être cherché ou indexé, gardez une version sans harakat.

Les erreurs fréquentes

Huit signes, trois lettres de prolongation et quelques cas particuliers : c'est tout ce qu'il faut pour lire un texte vocalisé. Commencez par des livres pour enfants ou des manuels entièrement vocalisés, puis retirez peu à peu ces béquilles. Le jour où كتب se lit tout seul selon la phrase, vous lisez comme un arabophone.

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